art contemporain

Sylvain Lagarde

Photographe

Cube Blanc

« si je déclenche, c’est que j’aime voler un peu d’image au temps »

Appareil de prédilection : CANON 5D

Pour présenter ma vision de la photographie, j’aime faire référence à la célèbre phrase de Henri Cartier-Bresson : « photographier est une opération progressive de la tête, de l'oeil et du coeur pour exprimer un problème, fixer un événement ou des impressions ».


Comment formuler aussi clairement cette impulsion qui correspond au moment de la prise de vue...


Photographier... Quand je veux déclencher pour figer dans le temps un moment, pour saisir une image et la voler au temps, c'est que quelque chose, pour moi, fait sens : pour mon oeil (un plaisir esthétique), pour mon coeur (une émotion), pour ma tête (je ne peux m'empêcher de penser à un discours, à un vague message délivré par l'image, même quand on est bien loin de l'idéologique).


Le choix du noir et blanc me semble souvent plus à même de restituer cette adéquation parce qu'il n'est pas clinquant et va à l'essentiel. Ce qui ne veut pas dire que la couleur n'a pas ses mérites. La couleur impose une autre âme. Mais la photographie noir et blanc s'impose à moi comme une épure du réel... Elle m'apparaît comme une abstraction bénéfique qui permet de recentrer le regard sur des formes qui vont marquer (davantage?) l'imaginaire... et figer, capturer l'âme fantomatique du moment, des figures, de la lumière qui sont
par définition en train de « mourir » sous nos yeux...


Photographier, c’est, pour soi (moi), lutter contre la modification perpétuelle... C'est, pour les autres, ceux qui vont potentiellement regarder, présenter, mettre en scène et mettre en forme une réalité croisée par un regard (là aussi je pourrais reprendre les mots de Cartier-Bresson : « c'est pour chacun de nous en partant de notre oeil que commence l'espace qui va s'élargissant jusqu'à l'infini, espace présent qui nous frappe avec plus ou moins d'intensité et qui va immédiatement s'enfermer dans nos souvenirs et s'y modifier »).


Au delà de ce discours pseudo-théorique, mes démarches se révèlent en pratique assez variées : si elles partent sans doute de la démarche du classique reportage mais s'en éloignent pour tendre vers celle d'un reportage informel, simple collection d'images montrant le monde, et dévient pour passer par la photo d'architecture ou de paysage, j'ai l'impression de voir apparaître a posteriori une cohérence qui parle : celle d’une quête de la mise en forme, de la construction visuelle.


J'espère cependant que cette tendance personnelle n'est pas d'un simple formalisme mais relève plus de la quête d'un contexte visuel qui permet de mettre en valeur ce « je ne sais quoi » qui fait qu'une image a une « âme », même quand elle ne comporte pas de présence humaine...